Comment garder son discernement face à son imagination ? Nous utilisons souvent des mots pour éviter de ressentir nos maux. En reprenant le contact avec nous-même, nos émotions, nos sensations, nos peurs et nos douleurs, nous comprenons les messages du corps sans l'interprétation du mental. Le message est plus vrai.. Nous avons tellement l' habitude de théoriser, d'expliquer mais traduisons nous fidèlement ce que nous percevons ? Les constructions intellectuelles tentent de justifier nos peurs mais le fait d' occulter nos perceptions et de refouler nos émotions nous amène à des raisonnements totalement désincarnés.

Dans un de ses livres, Thierry Janssen soulève la théorie de Paul MacLean et Antonio Damasio. "Pour ces deux chercheurs, dit-il, la pensée naît dans les perceptions du corps. A travers les différentes couches de notre cerveau, l'information physique en provenance de l'organisme ou de son environnement est traduite en émotions, puis en mots, en sentiments, en idées et en discours. Une pensée en lien avec la réalité ne peut donc pas simplement naître d'une autre pensée. Elle doit s'abreuver à la source des informations tangibles et être enracinée dans le vécu de l' expérience. Elle doit être alimentée de perceptions physiques et de ressentis émotionnels. Sinon, elle risque d'inventer des raisons très éloignées de LA raison. Coupée de la vérité du corps, elle devient complètement irrationnelle."

Le refoulement est une sorte de protection contre la douleur. Il y a des souffrances physiques, émotionnelles et intellectuelles, tout comme nous avons un cerveau reptilien, limbique et néocortex. Grâce à la pratique nous pouvons retrouver l'origine de la souffrance, couche par couche, atteindre des souvenirs pré - verbaux très anciens. Il faut donc pouvoir franchir la barrière des mots pour comprendre nos maux. Bien trop nombreux sont les gens qui analysent leurs symptômes sans tenter d'entrer en relation avec leurs corps : la base du problème. Certains sont pleins de théories, apprises ou répétées mais peu sont ceux qui expriment leurs propres sensations et vivent leurs émotions. Lorsque ce travail se fait le corps parfois relâche les tensions physiques ou émotionnelles.

Grâce à certaines postures spécifiques, c'est dans des moments de silence que les mots laissent place aux maux , les émotions surgissent et l'on devient vulnérable. Nous sommes face à l'inconfort auquel nous refusions de voir. Une sorte de fluidité renaît dans le corps et il se met en mouvement, un mouvement non contrôlé par le mental.

Ce manque de fluidité dans le corps nous révèle des tensions, des lésions ... Grâce à la pratique il devient facile de sentir où c'est facile et où ça ne l'est plus. Où le corps perd de son aisance ( en anglais dis-ease ). Entrer dans une posture, laisser le corps se relâcher, laisser la structure vous porter sans toutes les compensations : cela crée des figures bossues, disloquées, cassées, asymétriques ; pour ensuite réellement vivre cette facette de nous même, pleinement. Le corps exprime ce que nous n'arrivions pas à dire. Le corps vit et le mental arrête d'analyser.