Un cancer du sein m’a été diagnostiqué en janvier 2017 sans signes précurseurs. Une annonce par la radiologue, heureusement bien gérée, m’a permis d’adoucir le choc ressenti face à cette nouvelle. Vu la taille de la tumeur et les premiers résultats d’analyse, une opération et une radiothérapie devaient suffire.

N’empêche que la vie bascule d’une minute à une autre et de personne en pleine forme, on obtient le statut de malade destinée à une prise en charge de longue durée.

On entre de front dans un nouvelle univers très médicalisé : rendez-vous en pagaille, examens divers et stressants (que va-t-on découvrir d’autre ?). Une tension à 16/10 lors du RDV chez l’anesthésiste. Des personnes plus ou moins préparées à la gestion de vos angoisses. Le stress s’installe.

Puis une première intervention est programmée destinée à enlever la tumeur et les ganglions sentinelles. Et là, devant la porte du bloc, malgré la gentillesse des personnes présentes, je suis paniquée par l’opération et ce qui va suivre, je me dis « il va falloir que tu fasses quelque chose ». En effet, ca fait trop longtemps que je ne sais pas gérer les moments de crises de panique et il me faut des outils pour y parvenir.

L’opération se passe sans problème majeur. Des suites à la maison un peu compliquées avec 2 retours aux urgences mais relativement bien gérés. Grâce à un entourage d’infirmières à domicile très humaines et présentes.

Rendez-vous avait été pris avec la gynécologue pour une annonce des résultats de l’intervention. Un coup de fil m’invite à venir plus tôt et là je devine que le résultat n’est pas bon. Quelques jours d’attente et de stress encore. Puis une annonce, un ganglion est atteint, il va falloir faire un curage ganglionnaire et poser un PAC pour une chimiothérapie, désormais nécessaire. La nouvelle est un nouveau choc.

Deuxième intervention 3 semaines après la première, un peu plus lourde. Deux personnes viennent après l’intervention m’expliquer les suites d’un curage ganglionnaire et me mettent de nouveau en situation de stress car le discours n’est qu’un ensemble d’alertes sur le risque de lymphœdème du bras. Je n’avais pas eu connaissance de ce fait avant et ai eu l’impression qu’on ne m’avait pas vraiment laissé le choix. Là de nouveau une période difficile à passer. Moi qui adore le sport, j’ai l’impression qu’on a mis un frein à ma vie future et qu’elle ne sera plus jamais comme avant.

J’avais besoin d’un autre regard sur la vie, j’avais besoin de retrouver une sérénité et de reprendre confiance en mon corps.

La chimiothérapie devait débuter vite et je l’ai commencé 3 semaines après. Encore un autre cap, fait d’angoisses liées à ce mot. Heureusement encore, j’ai été prise en charge par une infirmière qui m’a accueilli, expliqué, qui a pris le temps.

Elle m’a parlé de sophrologie, de pistes vers la sérénité nécessaire au bien-être et à la guérison.

J’ai également rencontré Philippe, kinésithérapeute détaché à l’hôpital et spécialisé dans la prise en charge des femmes atteintes d’un cancer du sein. Il m’a expliqué comment travailler pour récupérer l’amplitude de mon bras. J’ai pratiqué ses exercices quotidiennement. Suite à nos discussions et à mon profil de sportive, il m’a conseillé de m’orienter vers le yoga qui, selon lui, me conviendrait bien. J’ai gardé cette idée de côté mais ne me lançait pas, surtout par méconnaissance de cette activité.

Puis, une rencontre, durant la période de chimiothérapie, sur un chemin lors d’une promenade m’a amené à rencontrer une amie qui pratiquait le yoga et y trouvait des réponses. Elle m’a proposé de l’accompagner pour une séance de découverte.  J’y suis allée sans rien connaître de l’univers que j’allais découvrir. Je me suis sentie en confiance, guidée par la voix apaisante d’Ingrid et son accueil chaleureux. La séance m’a plu car méditative mais aussi dynamique et énergisante. J’ai alors demandé une séance individuelle pour discuter avec Ingrid, comprendre un peu mieux ce que je trouverai et peut-être me mettre un peu plus en confiance. Je savais qu’il y avait du chemin à parcourir, mais j’ai eu confiance dans le fait que j’avancerai au travers les séances.

J’y suis allée régulièrement, et malgré l’énergie qui me manquait je sortais rechargée. Mon bras regagnait de l’amplitude chaque semaine. Ma respiration s’apaisait et devenait de plus en plus fluide, contrôlée, longue et réparatrice. Lors de mes séances de chimiothérapie, la respiration me permettait de me calmer et d’aborder la séance avec sérénité.

D’autre part, je trouvais à chaque séance l’occasion de rencontrer un petit groupe de personnes accueillantes, drôles et dynamisantes. La pré-séance était toujours un moment de plaisir. Loin de l’image que je me faisais du yoga auparavant austère et mystique. Ceci contribue au bien-être.

Durant la période de radiothérapie, j’ai continué les séances de yoga et j’ai compris à un moment que la radiothérapie était une nouvelle agression pour la mobilité du bras et le yoga m’a permis de retrouver la encore la mobilité qui disparait sous le feu des rayons et encore longtemps après.

Plus d’un an depuis la fin de la radiothérapie, je continue les séances de yoga (ce qui est plus compliqué avec la reprise du travail à plein temps) mais je m’organise. Je me sens plus sereine. Je vois maintenant l’effet dans les situations de tensions professionnelles. Une prise de recul, une gestion plus distanciée des événements, une respiration qui m’apaise.

Avant le diagnostic, mes prises de tension chez le médecin m’amenaient régulièrement à une tension de 14/10, ce qui me faisait entendre : « on est la limite, là ! ».

Ma dernière consultation a enregistré une tension à 11/8 qui m’a donné un « Parfait ! », ce qui bien sûr m’a fait plaisir. Grâce à cela, à un cœur tranquille (56 à 60 battements/ minute au réveil), et une énergie retrouvée malgré la médication (traitement hormonal pour 5 ans qui présente des effets compliqués pour beaucoup de femmes), un certificat médical m’a été accordé pour la reprise d’une licence dans mon club. C’est une belle étape de franchie pour moi.

Je prends conscience régulièrement que le yoga m’aide dans cette pratique : plus relâchée, plus souple, plus tendue vers le plaisir de la pratique en groupe, avec les amis et sans aucune préoccupation de performance. J’accueille l’eau qui représente depuis longtemps un milieu qui m’angoisse avec plus de bien être. Une grande goulée d’air précède désormais les traversées en apnée du bassin rendues possibles par un meilleur contrôle du souffle et la visualisation positive de l’action (« je peux y arriver »).

Physiquement, j’ai repris possession de mon corps. Je lui fais de nouveau confiance sans me considérer comme diminuée. La prise de confiance en moi accompagne doucement cette prise de confiance en mon corps.

Le yoga fait désormais partie de ma vie…

Bénédicte