
dessin réalisé spécialement par Bruno vasseur, chaleureusement remercié.
Première partie.
En remontant le cours des fleuves, on peut parvenir aux sources du monde ;
en remontant leurs cours, on peut retrouver sa maison.
Le goût sucré des pastèques volées, Sheng Keyi.
Vous avez déjà descendu une rivière en canoé ? Franchement cela n’a rien d’une sinécure, c’est même plutôt un parcours semé d’embûches, mais c’est aussi des moments de plénitude, de gratitude envers soi et le monde qui nous entoure. Notre formation professorale qui nous mène sur le chemin de notre sadhana est comme une descente en canoé.
Avant le départ, euphoriques, vous vous projetez dans le projet, regardez les cartes, évaluez les difficultés, préparez les sacs étanches et les rations et rêvez aux nuits à la belle étoile. Vous avez des craintes et des doutes aussi. Au départ, nous sommes sept femmes de 30 ans à 60 ans aux parcours de vie variées. Certaines avaient des attentes et une pratique du yoga ancrée dans leur quotidien, d’autres sont parties sur un coup de tête. Toutes, en tout cas, avaient ressenties au plus profond de leur être les bienfaits du yoga.
Le jour J, c’est le grand départ ! L’heure a sonné de rencontrer le groupe et de partir à l’aventure. Doucement, les canoés se glissent dans l’eau et les premiers coups de pagaie apaisent. Les muscles se réveillent et les premières douleurs se font sentir. Tu as pris ton coussin de méditation ? Non évidemment… Trois heures assise à même le sol, c’est difficile. Et puis au fil des séances, les corps se délient, l’assise est plus aisée, les premières tensions s’apaisent.
Au bout de quelques kilomètres, les premiers rapides se présentent. Il est nécessaire d’engager le corps, d’aller puiser au plus profond de soi des ressources. Tu comprends quelque chose au sanskrit toi ? Non rien… Radius, humérus, fémur, ils sont où ceux-là ? Niyama et yama, c’est la même chose ? 1h30 de pratique quotidienne, impossible ! Le découragement se cache sous le tapis tant la tâche est ardue.
C’est l’heure de la pause et de reprendre des forces ! Une colonne qui s’allonge, des pensées moins envahissantes lors de la méditation, une épaule qui touche le sol lors d’une torsion, de quoi requinquer le corps et l’esprit pour continuer et tenter de nouvelles expériences.
Puis vient le temps du bivouac au coin du feu… Comme un sentiment d’apaisement, d’alignement avec soi-même et les autres qui nous entourent. En quelques coups de pagaies nous voilà toutes plus sereines et plus calmes. Les corps sont apaisés, et nos psychés plus stables. Nous ne savons pas vers quoi ce voyage nous emmène, mais peu importe la destination tant que le trajet est plaisant !
Deuxième partie.
En ce début de second semestre de formation professorale de hatha yoga, le canoé a fini par nous déposer sur une berge verdoyante et fleurie. Alors que nous étions assises en tailleur pour méditer, sept boutons de fleurs sont sortis de terre près de nous, nous y avons vu le signe que les graines de la formation avaient germées.
L’unité du groupe n’est pas toujours stable et confortable, nous y travaillons et espérons que durant cette deuxième année de formation le groupe trouvera la posture juste.
Les lundis après-midi sont des évènements importants pour nous. Les rencontres avec le groupe sont des moments d’écoute, d’accueil, et d’apprentissage. Les expériences, les thèmes abordés en lien avec le yoga et le sens de la vie en général y sont riches et variés.
Nous pratiquons chez nous, seules, ce troisième pilier du yoga royal (Raja yoga) que sont les postures avec plus ou moins de régularité laissant le quotidien nous accaparer avec parfois une sensation de régression. Nous prenons conscience de l’impermanence des choses, et nous nous remettons à l’ouvrage avec tapas autrement dit discipline et ferveur (tapas : un des nyamas, deuxième pilier du raja yoga). Ainsi nos ressentis dans les postures s’affinent et nous procurent satisfaction et estime de nous-mêmes.
Les connaissances acquises sur le corps physique (prakriti, véhicule de l’âme) nous aident à appréhender son fonctionnement et les bienfaits des postures (asanas en sanskrit)
Nous exprimons toutes le besoin de faire du yoga en collectif.
Notre apprentissage de la respiration (pranayama : quatrième pilier) se développe petit à petit, nous nous rendons compte de ses bienfaits (calme, abandon) Nous expérimentons les piliers six, sept, et huit, déconnexion des sens (prathyahara), concentration (dharana) et méditation (dhyana) chacune à notre rythme, partant de là où nous étions et chacune progresse grâce aux conseils de notre professeure.
Le travail effectué lors du programme de huit semaines guidé par Ingrid nous a permis d’accueillir avec enthousiasme notre transformation vers notre plein potentiel et nous en gardons une boîte à outils simples et efficaces au cas où le mouvement de la vie nous ferait vaciller. Nous nous sommes habituées à construire un planning et à le suivre parce que cela constitue un fabuleux outil d’autodiscipline. Par exemple, quarante jours pour travailler la posture sur la tête sans nous attacher au résultat. Quelle belle mission pour apprendre à mieux se connaître, à respecter ses limites, à trouver des clés pour enseigner cette asana !
Trois d’entre nous ont d’ores et déjà effectué le stage obligatoire dans la formation. Elles ont reçu, à Mallet dans le Cantal, pendant une semaine, l’enseignement de Shankara sur les bases d’un yoga méditatif. L’alimentation était liquide à base de jus de fruits et légumes. La cure de détox a été plus ou moins bien vécue mais le rythme de vie, la méditation et la pratique leur ont apporté le calme et la paix.
Le groupe entier a testé les stages de deux jours avec Shankara qui complètent nos cours de formation, asanas le matin, philosophie du yoga l’après-midi. Nous avons découvert un autre enseignement dont les finalités sont les mêmes que celles auxquelles s’attache notre professeure : trouver la sérénité, l’abandon, la paix.
Enfin nous pensons avoir toutes acquis une meilleure connaissance de nous-mêmes sur le plan spirituel, mental et physique. Certaines ont découvert leur corps avec ses limites, ses fragilités et se l’approprient avec bienveillance, d’autres se sont réconciliées avec lui. Elles ont vu leurs douleurs diminuer.
Nos rapports avec les autres (famille, amis, travail) se sont modifiés, apaisés, notamment grâce au recul que nous pouvons prendre face aux situations. Certains conjoints sont entrés dans le sillage, et nos enfants ne sont pas avares de questions pour comprendre là où nous en sommes.
Des transformations sont apparues concernant notre alimentation (un des axes selon Sivananda). Le regard que nous portons à ce que nous mangeons est plus conscient.
Nos premières expériences d’enseignement des postures aux autres stagiaires nous ont surprises et nous avons mesuré l’ampleur de la tâche, l’importance du mot juste pour la consigne, du placement de la voix, du rythme et peu à peu l’envie de faire partager un cours à nos proches nous gagne. L’idée de ce que nous voulons transmettre se précise. Nous nous sommes toutes épanouies au cours de ce trimestre de formation, nous sommes plus conscientes, plus calmes, plus joyeuses. Nous sommes ancrées sur le chemin de la connaissance et de la transmission des outils du yoga.
Troisième partie.
Nous démarrons notre deuxième année de formation, notre groupe tel un arbre qui s’épanouit au printemps a vu l’énergie le gagner, le chant des mantras a suscité quelques interrogations, il n’est pas toujours aisé de lâcher et de se laisser porter par le rythme. Tel le vent dans les branches qui secoue les feuilles certaines d’entre nous ont pu être déstabilisées.
Nous sommes là pour évoluer, nous sommes des élèves, notre chemin se trace par l’apprentissage. Nous pratiquons les programmes posturaux imposés, nous découvrons les yoga sutras et ses multiples interprétations, nous approfondissons l’anatomie du corps humain mais surtout nous devons trouver le thème de notre mémoire… chose peu aisée pour nombre d’entre nous et il se peut qu’au fil du temps ce qui nous paraissait évident pendant cette première année évolue et se transforme totalement, pour peut-être, donner davantage de ce que nous sommes.
Ici nous découvrons réellement le travail du professeur : créer un programme sur une posture, organiser la journée du yoga, un autre karma yoga et savoir s’adapter à un public varié.
Puis nous avons démarré les cours communautaires, ça y est nous commençons à enseigner ! Tel Prana qui nous nourrit, enseigner nourrit notre arbre d’une magnifique énergie, nous savons ici si nous sommes alignées avec ce qu’il se passe.
Il est important de conserver des racines profondes pour nourrir la structure, notre arbre a perdu une première branche, nous en perdons une nouvelle mais rien n’est impossible et l’une d’entre nous dont la branche s’était fissurée, a réussi à faire de nouveau circuler la sève.
Pour qu’un arbre grandisse il a besoin de racines solides, d’une nourriture saine, de soleil et de pluie. Cette connexion entre tous ces éléments nous travaillons à l’acquérir, à la maintenir quand cela est possible, mais nous prenons aussi conscience de l’impermanence des choses. Le vent dans le feuillage nous fait prendre conscience que seule la pratique nous permet de conserver nos racines, de les faire grandir. Ce n’est pas visible mais c’est en nous, présent à chaque instant et là nous en sommes sures, le yoga nous accompagne.
Quatrième partie.
Notre dernier semestre de formation est marqué par les cours communautaires donnés chaque semaine sur différents sites : Le studio de Beuvrequen, A2Vie 62 et l’EPHAD de Marquise. Les cours dispensés en binôme sont variés : yoga enfant, yoga sur chaise, public non initié, etc… Les études de cas particuliers vues durant notre formation prennent alors tout leur sens. Notre arbre grandit et s’épanouit. L’enseignement nourrit bien plus que ce que nous ne pouvions imaginer.
La croissance de nos racines stabilise la structure de l’arbre et avec le temps la confiance s’installe. La pratique évolue alors, moins de tapis et pourtant plus de yoga. Notre quotidien s’en imprègne, l’intériorisation devient une habitude et le mental s’apaise. L’arbre prend de la hauteur et se trouve moins affecté par les aléas d’ici-bas. Le lâcher prise acquis permet d’accepter l’imperfection, de réduire l’égo et d’être plus tolérant envers les autres mais surtout envers soi-même. Notre rapport à l’alimentation évolue également, moins d’excès, plus d’équilibre.
Le deuxième temps fort de ce dernier semestre est marqué par l’évaluation des connaissances acquises durant ces deux années de formation sous la forme d’épreuves écrites correspondant aux matières enseignées ainsi que par la rédaction d’un mémoire sur le thème de notre choix. Cette étape va booster la croissance de notre arbre et va nous permettre de connecter de façon transverse l’ensemble des thèmes étudiés.
Cette période est aussi marquée pour un grand nombre d’entre nous de doutes, de remise en cause et de frustration surtout dans l’écriture du mémoire. Ce sentiment de frustration, généré par un manque de temps et un devoir de synthétiser nos recherches va au final se révéler salvateur, il sera une transition douce vers l’après formation. Le mémoire ne met pas fin à deux années incroyables comme nous le redoutions tant, il est tout l’inverse, il nous ouvre de nouvelles portes, de nouveaux centres d’intérêts, un nouvel horizon.
L’envie de voguer à nouveau se fait alors sentir, nos canoés sont à portée de main. Un nouveau départ s’annonce : création d’entreprise, association à but non lucratif, l’envie de partager notre enseignement se fait sentir sous différentes formes.
Nous embarquons à cinq finalement, chacune dans son canoë, pour un nouveau départ, une nouvelle organisation, une nouvelle vie. Le courant de la rivière nous porte vers une destination inconnue mais nous sommes désormais équipées pour affronter les turbulences des courants.
Que nous soyons ancrées ou en mouvement, notre enracinement nous accompagne. Comme nous l’enseigne le mythe de l’arbre et de la pirogue, « Tout homme est tiraillé entre deux besoins. Le besoin de la pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’arbre, c’est-à-dire de l’enracinement, de l’identité. Les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue »[1]
[1] Mythe mélanésien de l’Archipel du Vanuatu.
LE GROUPE 4
Isabelle
Christine
Camille
Candice
Delphine


